« 14 mars 1847 » [source : MVH, α 8982], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2019, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mars [1847], dimanche matin, 11 h.
Bonjour mon Toto aimé, bonjour mon doux adoré. Je t’envoie ma pensée avec tout ce qu’elle contient, mon cœur avec tout mon amour, mon âme avec toute son adoration, mes baisers tous chargés de tendresse et de volupté. Pauvre bien-aimé, tu avais bien froid cette nuit, ce qui ne t’empêchait pas de travailler comme un pauvre chien pendant que moi je ronronnais dans mon lit comme une vieille frileuse et une vieille paresseuse que je suis. Comment vas-tu ce matin, mon pauvre amour ? Je ne le saurai que tantôt, bien tard, quand tu auras déjà repris depuis longtemps ton cahier de poète. Pendant ce temps-là, moi je me livre à toutes sortes de conjectures tantôt tristes tantôt gaies, je m’impatiente et je t’aime. Tu sais, mon Toto adoré, que c’est aujourd’hui dimanche et que si tu ne viens pas de bonne heure je ne te verrai presque pas de la journée. Tâche de ne pas traîner tes affaires jusqu’à la nuit afin de me donner quelques minutes de joie tantôt. J’en ai bien besoin va. Le soleil a beau briller dans le ciel et les oiseaux chanter dans mon jardin, tant que je ne t’ai pas vu mon cœur reste dans l’ombre et mon âme muette. Tu es pour tout mon être ce que le bon Dieu est pour la création toute entière. Tu es ma vie, ma lumière et ma joie. Baise-moi mon bien-aimé et viens bien vite. Je te désire et je t’attends.
Juliette
« 14 mars 1847 » [source : MVH, α 8983], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2019, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mars [1847], dimanche après-midi, 1 h. ½
Je me suis bien dépêchée, mon Toto adoré, pour être prête de bonne
heure afin de ne pas perdre une goutte de mon bonheur quand tu viendras. Maintenant
c’est à toi à ne pas te faire attendre si tu ne veux pas que je regrette mes frais
de
diligence et de peine perdue. Avec cela que je t’ai très peu vu cette nuit, occupé
que
tu étais à griffouiller un tas de bêtises. À propos vous m’avez très bien escamoté
vos
lettres sans me les montrer. Il fallait que je fusse bien endormie et bien stupide
pour vous les laisser emporter sans mon visa. Une autre fois je prendrai deux tasses
de café noir et je ne me laisserai plus flouer par vous. Vous avez bien fait de
profiter de cette circonstance pour écrire à vos princesses parce que ce sera la
dernière. À dater d’aujourd’hui je ne roupille plus et vous ne pourrez plus me faire
aucune boscoterie1. Quand je pense que vous avez eu le front de me laisser, comme
preuve de bonne foi et de fidélité, une lettre à affranchir pour une vieille
pauvresse. dérision !!!!!!!!a
Mais soyez tranquille, je vous revaudrai cela. Vous ne perdrez pas pour
attendre, c’est moi que je vous le dis. Baisez-moi monstre dans toute l’acception
du
mot et dépêchez-vous car je suis très pressée.
Juliette
1 Du nom de Bosco, célèbre escamoteur italien.
a Les huit points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
